Transcription :
Vidéo spéciale dédiée aux consultants, salariés des entreprises de conseil, dites ESN, aujourd'hui ex-SS2I, convention collective Syntec, ils se reconnaîtront. Je sais qu'il y a de grosses difficultés actuellement dans le secteur, vous êtes nombreux à me contacter avec la situation caractéristique d'être en intermission depuis un mois, deux mois, trois mois, six mois, douze mois, et j'ai même vu jusqu'à dix-huit mois. Et au bout de moment, la situation se tend un petit peu, et votre employeur le constate qu'il ne parvient pas à vous trouver une nouvelle mission quid de votre contrat de travail.
Je déplore de constater que beaucoup d'entre vous, et surtout ceux qui ont une ancienneté récente, sont licenciés à un moment donné pour des motifs absolument accessoires, par définition non liés à votre travail en intermission, puisque ça fait un moment que vous n'avez plus une mission, donc l’employeur va chercher, je dirais, des broutilles, des éléments accessoires très secondaires liés à la période d'intercontrat. Donc voici mes conseils pour éviter de vous exposer à ce licenciement, sachant que, strictement, votre employeur, dans la situation que je décris, devrait vous licencier pour motifs économiques. C'est exactement le cas, c'est-à-dire qu'il n'a plus de travail à vous fournir, du fait d'un contexte défavorable, alors on dit lié à l'IA, on dit lié à la prudence actuelle des entreprises pour mettre en route certains projets nécessitant votre accompagnement.
Je ne me prononce pas sur ce point-là, je constate simplement que les entreprises répugnent à utiliser le motif économique, parce que c'est un message négatif, donc elles préfèrent au cas par cas. Vous licenciez dès qu'elles peuvent accumuler deux, trois petits manquements qui vous semblent dérisoires, et de fait ils le sont, sans conséquence en réalité pour l'entreprise, mais dont ils se servent pour se séparer de vous à bon prix, et je trouve ça dommage. Mieux vaudrait essayer de se montrer irréprochable, même si la période est pénible, même si vous devez obéir à des consignes un petit peu fastidieuses, et jusqu'au moment où l’employeur sera obligé de venir vers vous pour discuter éventuellement d'une rupture conventionnelle, ce qui est moins humiliant et potentiellement plus intéressant économiquement.
Donc voici les erreurs à ne pas commettre, et que je vois commises régulièrement. Première chose, respecter le temps de présence sur site qu'on vous demande d'avoir par rapport au télétravail. Très souvent, vous êtes en télétravail complet, ou avec une journée ou deux par semaine sur site, respectez ces consignes-là.
Vous vous dites à quoi bon venir sur site puisqu'il ne s'y passe rien, puisqu'on ne me propose pas de mission, parce que je n'ai pas beaucoup de nouvelles, ou qu'on me demande de faire des trucs que je peux faire depuis chez moi, c'est vrai, mais c'est comme ça. Votre employeur reste votre supérieur hiérarchique, et celui qui donne la marche à suivre pour l'exécution de votre contrat de travail, c'est le principe. Ne vous exposez pas un reproche que vous pouvez éviter, respectez strictement les jours de télétravail, les jours sur site, et puis si vous êtes sur site et qu'il ne se passe pas grand-chose, et que vous avez le sentiment que vous y êtes pour rien, écrivez.
Écrivez pas tout le temps, pas tous les jours, mais une fois par semaine, vous pouvez faire un mail à votre employeur en disant « voilà, je suis sur site, je suis venu à la réunion comme convenu, le constat est qu'il n'y a toujours rien à l'horizon, où en est la mission machin dont on m'avait parlé ? Est-ce que mon commercial ou le chargé d'affaires qui s'occupe de mon secteur a du neuf ? » Même si vous connaissez la réponse, vous montrez que vous êtes partie prenante. Ce n'est pas à vous, je le répète toujours, et même quand je plaide ces licenciements, j'insiste sur le fait que ce n'est pas à vous, consultant, de vous trouver des missions, c'est à votre employeur et aux collaborateurs dédiés à cette recherche commerciale. Néanmoins, vous êtes celui qui vous trouvez en intermission et affecté par cette absence d'horizon commercial, donc vous avez intérêt quand même à manifester votre inquiétude, votre questionnement, au moins on ne pourra pas vous reprocher que vous vous désintéressez de la situation.
Ça c'est la première chose. Deuxième conseil, on va vous demander, un peu pour vous occuper, un peu parce que c'est le moment de les faire, puisqu'il faut les faire à un moment donné ou à un autre, de suivre des formations réglementaires, type mise à jour RGPD, sécurité numérique, ou des formations internes, alors tout ça, ça se fait en ligne, ça ne prend pas beaucoup de temps, ce n'est pas passionnant, et pour ces raisons, je constate que certains d'entre vous se disent « je les ferai plus tard, je les ferai à un moment donné, ou ne les termine pas, ou en font quelques-unes ». Je vous comprends, ce n'est pas passionnant, ce n'est pas ça qui changera votre employabilité réellement en plus, pour de nouveaux contrats, mais encore une fois, ne vous exposez pas à des reproches faciles, faites ces formations, faites ces formations, envoyez votre screenshot, envoyez votre preuve que vous avez finalisé la formation machin en ligne, tracée par écrit, et montrez que vous êtes à jour, à jour des petites obligations qu'on vous demande de respecter pendant cette période. Troisième point, grand classique, les comptes rendus des entretiens avec les clients.
Alors, de temps en temps, vous proposez quand même un rendez-vous avec un client pour une hypothétique mission, et vous êtes nombreux à me dire « mais oui, mais bon, c'est une mission pour laquelle je ne suis pas qualifiée, je suis trop qualifiée, ou d'une façon qui ne convient pas, le client va s'en apercevoir, ça n'a aucun intérêt ». Vous y allez, je sais, vous y allez, vous faites de votre mieux, ça se passe moyen, et certains d'entre vous ne font même pas le compte-rendu d'activité, parce que tout s'est dit verbalement, qu'il y avait quelqu'un de votre entreprise qui était là également, et qui a bien constaté que le client a demandé si vous saviez vous servir du logiciel truc-muche, et vous ne savez pas vous servir du logiciel truc-muche, on ne peut pas vous le reprocher. Mais il n'y a pas eu de suite, et l’employeur, d'une certaine façon, ça lui permet de dire qu'il a quand même tenté de vous proposer des choses, même si vous saviez que c'était voué à l'échec. Donc, écrivez avant, pour prévenir votre chargé d'affaires et votre employeur, votre RH, selon la taille de l'entreprise, que vous irez bien sûr à cet entretien, que vous allez faire de votre mieux, vous allez vous montrer sous votre meilleur jour, mais que vous vous alertez sur le fait que cette mission, techniquement, par rapport à votre CV, dont ils ont parfaitement connaissance, ne correspond pas.
Et après l'entretien, où vous aurez fait de votre mieux, je n'en doute pas, faites le fameux compte-rendu d'activité sans tarder, vraiment la chronologie compte, soyez régulièrement réactifs, pour dire poliment, mais factuellement, que vous n'avez pas pu répondre aux questions techniques, à certaines questions techniques du client, qui a à l'évidence besoin de telle spécificité que vous n'avez pas. Ça évitera qu'on vous dise ensuite, je vois des lettres de licenciement dans lesquelles on vous dit « vous avez été long à réagir, qu'on a perdu le client, j'ai tout vu, avec une certaine dose de mauvaise foi », donc ne prêtez pas le flanc à ce type de reproche. Voilà mes conseils, respectez les jours de présentiel, faites vos compte-rendus d'activité à temps, suivez les formations, même pas passionnantes, à temps, et vous, manifestez par écrit, même si vous vous êtes dit tout ça verbalement ou au téléphone, rien ne vaut un petit mail, manifestez régulièrement vos besoins.
L'idée que vous avez que telle formation, après un ou deux rendez-vous avec un client où on constate qu'il vous manque le logiciel truc mûche, si la formation à ce logiciel est imaginable, compatible avec votre niveau de technicité, si ça ne prend pas un an de formation, proposez-la à l’employeur, dites « voilà, je pense que là, si j'avais la compétence pour ce logiciel, je serais vachement plus employable par les clients actuellement ». Il vous répond, il vous offre la formation, il ne vous l'offre pas, elle peut être inscrite au plan de formation ou non. En tout cas, vous êtes en train de constituer un dossier pour vous défendre, si jamais l’employeur manifestait l'avéléité de se séparer de vous pour ce type de petits broutilles. Respectez la procédure de pause de congé payé de RTT, je sais que vous vous découragez au bout d'un moment et qu'il ne se passe pas grand-chose, donc vous posez une extrémisse, un demi-RTT ou un jour de congé parce que vous n'êtes pas du tout motivé pour vous rendre sur site où vous savez qu'il ne se passera rien, attention, on va vous reprocher que vous n'avez pas respecté le délai pour poser votre RTT, etc.
Donc, soyez un bon élève dans ces circonstances particulières, et plus vous le serez, plus votre employeur sera obligé d'adopter une autre stratégie que vous licenciez pour des bêtises. Courage à tous et à bientôt.
