Transcription :
Quels sont les premiers gestes à avoir quand je viens de recevoir une convocation à entretien préalable ? Soit même si vous êtes prévenu verbalement par votre employeur que vous allez être convoqué à un entretien préalable, ça arrive qu'on vous prévienne, ou vous avez déjà reçu la convocation par courrier.
Les trois premières choses à faire. La première, c'est de sécuriser tous les documents professionnels qui serviront à votre défense ultérieure. Tous les documents écrits, donc les mails reçus, envoyés, les SMS, les WhatsApp, les échanges par messagerie interne à l'entreprise type Teams, les organigrammes, les comptes-rendus de réunion, les procès-verbaux, tout ce qui peut vous être utile pour décrire un état existant de votre travail, ce qu'on vous reproche éventuellement, pourquoi ces reproches sont infondées, ce que vous, vous pourriez avoir aussi à reprocher, ou le contexte dans lequel vous étiez amené à travailler.
Bref, il faudra des preuves. C'est fondamental, je le dis et je le redis, pas de dossier sans preuve, pas d'accusation sans preuve. Vous pourrez obtenir peut-être ultérieurement des attestations de collègues ou de clients, mais c'est quand même toujours mieux d'avoir, pour commencer, un stock de données qui appartiennent à votre quotidien professionnel.
Donc, n'oubliez pas qu'en cas de mise à pied, disciplinaire notamment, qui vous sera notifiée vraisemblablement dans la convocation d'entretien préalable, ou par courrier distinct, mais très vite en même temps, dans ces cas-là, la messagerie est coupée, vos accès internet et mail sont coupés, et vous n'êtes plus en mesure de vous rendre sur votre lieu de travail, c'est l'objet même de la mise à pied conservatoire, pour réunir des documents professionnels. Donc vraiment, dès que vous sentez, si je puis dire, le vent tourner, même avant parfois d'avoir reçu la convocation, mais si vous savez qu'il y a eu altercation, entretien qui s'est très très mal passé, on a pu vous prévenir, entretien annuel où les résultats sont déplorables d'après votre employeur, anticipez. Sauvegardez sur une clé USB, ou adressez-vous à vous-même, par un simple forward, les mails qui peuvent être intéressants, stockez des données, il vaut mieux en avoir plus, et puis faire le tri ensuite, mais c'est fondamental, venir trouver un avocat ensuite en disant « j'ai été licencié, voilà la lettre, moi je peux vous expliquer que tout est faux », mais si vous n'avez pas d'élément pour nourrir cette contestation, c'est beaucoup plus compliqué.
Donc ça c'est la première chose à faire. La seconde chose, inutile de vous mettre en maladie, alors ça c'est un conseil à l'envers, ne vous mettez pas forcément en arrêt maladie, parce que vous avez reçu une convocation, un entretien préalable, si votre médecin vous le recommande, si votre état nerveux, mental, psychique le nécessite, bien évidemment, simplement ce n'est pas une solution, et ça n'interrompra pas la procédure de licenciement, dès lors qu'elle est enclenchée par l'envoi de cette convocation à entretien préalable. Donc ça ne stoppe rien, l’employeur peut vous recevoir d'ailleurs en entretien pendant votre arrêt maladie, dès lors que vous avez des horaires de sortie autorisés, ou il peut aménager une visioconférence, c'est tout à fait admis, il peut éventuellement décaler une fois l'entretien pour votre convenance, si vous estimez que vous avez besoin de récupérer vos esprits, si vous vous entendez avec lui là-dessus, mais il n'y est pas obligé, l'arrêt maladie ne l’empêche pas dans l'absolu de poursuivre la procédure, dès lors, je le redis, que la convocation a été envoyée avant que vous ne soyez en arrêt maladie.
Donc souvent, réception de la convocation par réflexe, on envoie un arrêt maladie un petit peu dans un moment de panique, ça peut être utile bien évidemment, sous l'angle strictement médical, de vous protéger, de vous mettre en retrait, mais ça ne changera rien à la procédure de licenciement. Et troisième conseil, présentez-vous à l'entretien, ça me semble, ce n'est pas obligatoire, ce n'est pas du tout un droit qui vous est offert d'entendre ce que l’employeur a à vous reprocher, je conseille d'y aller pour savoir un peu autour de quoi tourne le grief ou les griefs, on en a une petite idée en général, mais voilà, c'est tout de même intéressant de savoir, encore une fois, pour pouvoir présenter des éléments de défense ensuite, mais mon conseil contre-intuitif, si je puis dire, et que je renouvelle à tous mes clients, c'est taisez-vous. Ce n'est pas une convocation devant un service de police, ce n'est pas une audience devant un tribunal, vous n'avez aucune obligation de vous justifier, et je le remarque trop souvent, le salarié qui tente de se justifier, qui répond à son employeur, point par point, qui se bagarre pied à pied, et c'est instinctif, légitime, qui essaye de dire « non, là c'était pas moi, là c'était pas de ma faute, là le dossier, il y avait tel problème, mais je vous avais dit que… » En réalité, il ne fait qu'une chose, c'est qu'il aide l’employeur, il aide l’employeur à rédiger et à peaufiner sa lettre de licenciement, et elle sera d'autant plus difficile à contester.
Donc si vous êtes en entretien, et que vous entendez des horreurs, des choses que vous savez fausses, votre employeur se trompe de date, se trompe de dossier, ce n'est pas l'opérationnel qui conduit l'entretien, c'est souvent quelqu'un des RH, parfois accompagné d'un opérationnel, pas toujours. Donc plus il y a de contre-vérités, plus il y a d'approximations, d'erreurs, parfois c'est un petit peu un poker, votre employeur va énoncer 10 griefs pour n'en retenir que 4 ou 5 dans la lettre de licenciement, vous ne savez d'ailleurs pas ce qui sera finalement écrit, or la seule chose qui fait foi dans votre procédure de licenciement, c'est la notification écrite. Donc l'entretien doit avoir lieu, enfin on doit vous le proposer, vous y allez ou non, je conseille encore une fois d'y aller, mais si c'est possible, nerveusement, taisez-vous, ne dites rien, laissez à l’employeur avancer ce qu'il a à dire, vous avez le droit de dire que vous n'êtes pas d'accord, sans autre précision, vous avez le droit d'être de mauvaise humeur ou très très contrarié, vous avez le droit de vous effondrer, vous avez même le droit de prendre vos affaires et de partir, si ça vous est d'un seul coup insoutenable.
L’employeur ne peut pas vous en faire grief, vous êtes venu, il a dit ce qu'il avait à vous dire, il peut y avoir quelqu'un qui vous assiste et qui prendra des notes, je le dis tout de suite, ça ne révolutionne pas la procédure, ça ne suffira pas à faire tomber la notification, il faut attendre, et c'est un moment délicat, il faut attendre la notification de licenciement pour en avoir le cœur net et savoir exactement et définitivement, puisque ce courrier engage l’employeur, qu'il ne pourra ensuite rien ajouter et rien retirer, il devra lui apporter aussi l'épreuve de ce qu'il énonce dans la lettre de licenciement, et vous devrez vous contester, paragraphe par paragraphe, ce qui s'y trouve. Donc, l'entretien préalable est un exercice imposé, douloureux, mais je vous conseille de ne rien dire, parce que toute précision donnée à votre employeur lui permettra d'affiner sa lettre, de corriger les éventuelles erreurs, de se renseigner plus avant auprès des opérationnels, et finalement, malheureusement, j'ai vu très très peu de procédures initiées et qui soient ensuite stoppées. Malheureusement, quand on est convoqué à un entretien préalable, le plus souvent, sauf négociations qui viennent s'intercaler, mais sinon, on en arrive à un licenciement, et l’employeur sait parfois que le licenciement sera contesté, et il sait même parfois que le licenciement est très fragile.
C'est ainsi, c'est une décision qui peut être prise d'une façon, on va dire stratégique dans la société, inutile de l'aider à faire une lettre parfaite qui sera difficile à contester. Donc un, sécurisez vos documents, ce sont vos futures preuves, deux, la maladie, réfléchissez-y si c'est impératif sur un problème de santé, sinon ça ne change pas grand-chose, et trois, présentez-vous à l'entretien, restez calmes, écoutez, prenez des notes éventuellement, mais dites-en le moins possible.
